Roumanie / Bulgarie
Un vent libéral souffle sur Bucarest
CHRISTOPHE LAMFALUSSY
Mis en ligne le 12/05/2006
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Focus sur la Roumanie et la Bulgarie, fixés le 16 mai sur leur adhésion à l'UE.
A Bucarest, le président de la Chambre a 35 ans... et travaille dans le palais de Ceausescu.
AP
ENVOYÉ SPÉCIAL À BUCAREST
Ave sa débauche de marbres et de dorures, le palais de Ceausescu domine toujours outrageusement la capitale roumaine, mais l'un de ses principaux colocataires est un fringant libéral de 35 ans - à peine majeur lors de la révolution de 1989.
«Nous risquons d'oublier le communisme. La jeune génération ne l'a jamais connu», dit Bogdan Olteanu, le nouveau président de la Chambre des représentants en Roumanie.
Olteanu doit à un «accident» le fait d'avoir accédé à un poste normalement réservé à des politiciens expérimentés. Il a remplacé au pied levé l'ex-Premier ministre social-démocrate Adrian Nastase, démissionné en février pour cause de corruption. Depuis cinq semaines, ce jeune dirigeant du parti libéral roumain, au pouvoir, occupe le palais démentiel de Ceaucescu, le plus grand immeuble civil du monde qui contient près d'un million de mètres cube de marbre. Il est entouré d'une quinzaine de collaborateurs dont la moyenne d'âge ne doit pas dépasser les trente ans.
La coalition entre les libéraux, les démocrates, les conservateurs et le petit parti hongrois ne dispose que d'une étroite majorité dans les deux chambres du Parlement. Dès lors, Olteanu doit manoeuvrer en douceur pour conclure des compromis avec l'opposition.
Mais la volonté d'enquêter sur le communisme qui a sévi en Roumanie entre 1945 et 1989 se fait majorité contre opposition. «J'ai découvert de curieuses alliances contre cette enquête, parmi les hommes d'affaires et les médias», dit Olteanu. «Ce qui fait peur, c'est une enquête sur les anciens agents de la Securitate.»
L'ex-police secrète, omniprésente du temps de Ceausescu, est soupçonnée d'avoir fomenté la chute de l'ancien dictateur. La vérité n'a jamais été établie, malgré une commission d'enquête dans les années 90.
Une nouvelle commission a été créée, qui doit remettre son rapport en novembre. Celui-ci sera considéré comme un «document officiel de l'Etat roumain», a annoncé le président Traian Basescu.
Si les Roumains font la part des choses dans le régime communiste et évoquent parfois avec nostalgie l'époque de l'énergie bon marché, Bogdan Olteanu s'inscrit dans la droite ligne des libéraux européens, farouchement anticommunistes.
«La liberté, la tolérance, le libre marché étaient les valeurs qui nous animaient en 1989, même si nous ne le savions pas», dit le jeune président de la Chambre, en affinité avec le VLD belge et les libéraux-démocrates britanniques.
Credo économique
Les libéraux roumains sont convaincus que le pays ne pourra augmenter ses richesses qu'en donnant un maximum de liberté aux entrepreneurs. Une taxe sur les revenus de 16 pc attire les investisseurs étrangers. Dix-sept mille PME ont été créées ces dernières années.
La progression du PNB de la Roumanie devrait avoisiner les 5 pc en 2006 selon les dernières prévisions. En 2004, le PNB avait augmenté de près de 8 pc, dopé par les travaux publics. Avec l'adhésion européenne, prévue au début 2007, la Roumanie bénéficiera d'une aide de 30 milliards d'euros jusqu'en 2013, ce qui va multiplier les investissements publics.
Dans les rues de Bucarest, une société à deux vitesses s'est installée où les vieilles Dacia croisent d'énormes SUV allemands ou japonais dont les modèles se voient rarement en Belgique.
Les libéraux roumains font aussi la chasse aux avantages sociaux. En 2004, l'année qui a vu les sociaux-démocrates perdre le pouvoir malgré leur première place aux élections, 85 pc de la population roumaine bénéficiait encore d'un subside de l'Etat.
«De l'Europe de l'Ouest, nous devons d'abord prendre l'habitude de travailler et, ensuite seulement, les avantages sociaux», dit Bodgan Olteanu.
Mais les syndicats protestent et réclament des hausses de salaires.
© La Libre Belgique 2006